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La Votation · France — document de travail

La vie pratique à l'école, à la suédoise

Coudre, cuisiner, réparer — des compétences qu'on ne laisse plus au hasard, ni au genre

Document de travail pour une initiative citoyenne — version documentée de décembre 2025

Résumé exécutif

Depuis une circulaire du 12 janvier 2023, l'heure hebdomadaire de technologie en sixième a été transformée en renforcement des savoirs fondamentaux (français, mathématiques). L'économie familiale et sociale, qui enseignait budget et vie quotidienne dans les lycées professionnels, décline depuis les années 1990. La France n'a plus de cours obligatoire et généralisé consacré aux compétences pratiques du quotidien.

Ce texte propose d'instaurer, de la sixième à la troisième, un enseignement obligatoire et mixte de compétences pratiques, sur le modèle suédois du slöjd (travail du bois, du métal, du textile) et du hemkunskap (cuisine, nutrition, budget) — deux matières obligatoires en Suède depuis 1955, sans distinction de genre.

Principes directeurs de la proposition

1. Le diagnostic : un recul documenté et récent en France

La technologie a longtemps constitué, en sixième, le seul temps hebdomadaire consacré à la manipulation concrète et à la résolution de problèmes pratiques. Une circulaire du 12 janvier 2023 a transformé cette heure hebdomadaire en un temps de renforcement en mathématiques et en français, dans le cadre d'une réduction générale du volume horaire de sixième, passée de 26 à 25 heures. Les syndicats enseignants (SNES-FSU) documentent depuis, sur ce point, des suppressions de postes, une formation réduite et un matériel non financé.

L'économie familiale et sociale (EFS), qui abordait budget, alimentation et vie quotidienne dans les lycées professionnels, a connu un déclin documenté dès les années 1990 : des questions parlementaires de l'époque signalent déjà la suppression du dédoublement des effectifs et la disparition progressive de la discipline dans les filières rénovées. Le résultat cumulé de ces deux évolutions : aucun enseignement obligatoire et généralisé, en France, ne couvre aujourd'hui les compétences pratiques du quotidien.

2. Le modèle suédois : deux matières, une même ancienneté

Le slöjd (artisanat) est une matière scolaire suédoise depuis les années 1870, obligatoire depuis 1955 — soit soixante-dix ans d'ancienneté ininterrompue. Chaque semestre, entre 9 et 15 ans, les élèves alternent entre deux ateliers : les matériaux souples (textile, couture) et les matériaux durs (bois, métal). Filles et garçons suivent exactement le même programme, sans répartition liée au genre — un choix pédagogique explicite de lutte contre les stéréotypes.

Le hemkunskap (économie domestique) couvre la cuisine, la nutrition et la gestion du foyer, également enseigné à tous les élèves sans distinction. Les deux matières sont pilotées par Skolverket, l'agence nationale suédoise de l'éducation, qui en fixe le programme national.

Un point de nuance nécessaire : le système scolaire suédois dans son ensemble s'est dégradé au classement PISA depuis les années 2000, à mesure que les investissements et le nombre d'enseignants diminuaient. Le slöjd et le hemkunskap sont des dispositifs solides et anciens, mais leur succès ne garantit pas que l'ensemble du système éducatif suédois soit un modèle à suivre globalement.

3. La proposition pour la France

Principe 1 — Un enseignement obligatoire, de la 6e à la 3e

Chaque année de collège comporterait un volume horaire dédié aux compétences pratiques, réparti en deux semestres : un semestre de travail manuel (bois, métal, textile), un semestre de compétences domestiques (cuisine, nutrition, budget).

Principe 2 — Une mixité intégrée au programme, pas ajoutée après coup

Le programme est strictement identique pour tous les élèves, quel que soit leur genre — aucune option, aucune orientation différenciée.

Principe 3 — Un déploiement progressif, conditionné aux équipements

Le déploiement est phasé établissement par établissement, en fonction de la disponibilité des ateliers et cuisines pédagogiques, plutôt qu'imposé uniformément dès la première rentrée.

4. Projet de texte de loi

Les programmes scolaires relèvent du pouvoir réglementaire (décrets et arrêtés du ministre chargé de l'Éducation nationale, sur avis du Conseil supérieur des programmes), mais l'inscription d'un enseignement obligatoire dans le code de l'éducation relève de la loi.

Projet de loi relative à l'enseignement des compétences pratiques au collège

Article 1er. — Le code de l'éducation est complété par une disposition instaurant, pour les classes de la sixième à la troisième, un enseignement obligatoire de compétences pratiques, réparti à parts égales entre compétences manuelles (travail du bois, du métal, du textile) et compétences domestiques (cuisine, nutrition, gestion d'un budget).

Article 2. — Cet enseignement est dispensé selon un programme unique, identique pour l'ensemble des élèves, sans répartition ni orientation fondée sur le genre.

Article 3. — Un décret fixe le volume horaire annuel de cet enseignement et les conditions de son déploiement progressif, en fonction de la disponibilité des équipements (ateliers, cuisines pédagogiques) dans chaque établissement.

Article 4. — Un rapport annuel du Gouvernement au Parlement présente l'état du déploiement, établissement par établissement, ainsi que le coût des équipements et de la formation des enseignants.

5. Ce que cette réforme ne doit pas promettre

  1. Ne dit pas quelles heures seraient réduites pour dégager le temps nécessaire — un arbitrage réel, non tranché par ce texte.
  2. Ne chiffre pas le coût des ateliers et cuisines pédagogiques à équiper dans chaque établissement.
  3. Ne garantit pas, à elle seule, un système éducatif plus performant : le classement PISA suédois s'est dégradé sur la même période où slöjd et hemkunskap restaient en vigueur.
  4. Ne remplace pas la technologie actuelle ni l'économie familiale et sociale historique : c'est un enseignement nouveau, distinct, pas une restauration à l'identique.

Indicateurs de suivi à inscrire dans la loi

Conclusion

La France a supprimé, en 2023, l'une des dernières heures obligatoires consacrées à la pratique concrète au collège, au profit du renforcement des savoirs fondamentaux — un arbitrage compréhensible, mais qui laisse un vide documenté sur les compétences du quotidien. Le slöjd et le hemkunskap suédois montrent qu'un enseignement pratique et mixte peut durer soixante-dix ans sans être remis en cause, indépendamment des soubresauts plus larges du système éducatif. Ce texte n'idéalise pas l'école suédoise dans son ensemble — il retient un principe précis, documenté, et propose de l'adapter au collège français, en assumant que son coût et son calendrier restent à chiffrer.

Sources

  1. Ministère de l'Éducation nationale — circulaire du 12 janvier 2023 relative aux enseignements de sixième.
  2. SNES-FSU — suppression de l'heure de technologie en sixième, communiqués 2023-2026.
  3. Assemblée nationale — questions écrites sur l'économie familiale et sociale (1993) et la technologie au collège (2023).
  4. Académie des technologies — rapport sur l'enseignement de la technologie au collège, septembre 2021.
  5. Skolverket (Lärportalen) — histoire du slöjd, obligatoire depuis 1955.
  6. Skolverket — programmes nationaux slöjd et hemkunskap.
  7. OCDE — "Education in Sweden" ; PISA 2022 Results, Country Note Sweden — évolution des résultats depuis les années 2000.

Note méthodologique — Les volumes horaires suédois précis (nombre d'heures hebdomadaires de slöjd et de hemkunskap) varient selon les degrés et les réformes successives de Skolverket ; ce rapport retient le principe de continuité et de mixité, pas un volume horaire suédois exact à reproduire telle quelle en France.