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La Votation · France — document de travail

Une initiative 100 % citoyenne

Créer un droit de proposer un texte, sans avoir besoin d'un seul parlementaire

Document de travail pour une initiative citoyenne — version documentée d'août 2026

Le vrai point de départ. Le référendum citoyen (n°5) sert à bloquer une loi existante. Celle-ci crée un droit entièrement nouveau : permettre à des citoyens seuls, sans un seul parlementaire, de rédiger et faire voter un texte inédit. C'est le mécanisme qui correspond exactement à ce que ce site simule depuis le premier jour.

Résumé exécutif

La France ne dispose d'aucun mécanisme permettant à des citoyens seuls de proposer un texte au vote populaire. Même le référendum d'initiative partagée, réformé pour bloquer une loi existante (voir l'initiative n°5 de ce site), nécessite le soutien préalable de 185 parlementaires avant que la collecte de signatures citoyennes ne puisse commencer. Sans élu pour porter le texte, aucune proposition purement citoyenne ne peut aujourd'hui atteindre le peuple français.

La Suisse dispose, depuis 1891, d'un mécanisme distinct : l'initiative populaire. Un comité de 7 à 27 citoyens peut rédiger un texte de révision constitutionnelle et le soumettre directement au vote, sans qu'aucun parlementaire n'intervienne pour l'autoriser à démarrer. Ce texte propose de créer l'équivalent français de ce droit.

Principes directeurs de la proposition

1. Le diagnostic : un vide total dans le droit français

Trois mécanismes existent aujourd'hui en France pour associer les citoyens à la décision : le référendum décidé par le président de la République (article 11), le référendum d'initiative partagée (article 11, révisé en 2008), et la pétition citoyenne (sans valeur contraignante). Aucun de ces trois mécanismes ne permet à des citoyens seuls, sans élu, de faire voter un texte de leur rédaction.

Le RIP, même réformé pour devenir un outil de blocage efficace (voir l'initiative n°5 de ce site), reste structurellement dépendant du Parlement : il faut d'abord convaincre 185 députés et sénateurs de co-signer une proposition, avant même que les citoyens puissent commencer à réunir des signatures. Un texte qui ne trouve aucun relais parlementaire, même soutenu par des millions de citoyens, ne peut jamais être porté par cette voie.

2. Le modèle suisse : l'initiative populaire, sans intermédiaire

Introduite en 1891, l'initiative populaire fédérale suisse permet à un comité de 7 à 27 citoyens ayant le droit de vote de rédiger un texte de révision constitutionnelle et de le déposer directement auprès de la Chancellerie fédérale, qui en vérifie la forme avant publication. Aucun parlementaire n'intervient à ce stade.

Le comité dispose ensuite de 18 mois pour réunir 100 000 signatures. Une fois ce seuil atteint et validé commune par commune, le texte est soumis au Parlement, qui peut recommander son acceptation ou son rejet, et proposer un contre-projet — direct ou indirect — soumis au vote en même temps que le texte initial. Mais le Parlement ne peut jamais empêcher la tenue du vote lui-même : c'est la différence structurelle majeure avec le RIP français actuel.

3. Deux outils, deux fonctions : ne pas confondre avec le référendum citoyen (n°5)

Ce texte est complémentaire, et non redondant, avec la réforme du RIP proposée dans l'initiative n°5 de ce site. Les deux s'inspirent du modèle suisse, mais répondent à des besoins différents :

CaractéristiqueN°5 — Référendum citoyenN°6 — Initiative populaire
FonctionBloquer une loi tout juste votéeProposer un texte entièrement nouveau
LancementDirectement par les citoyensDirectement par les citoyens
Rôle du ParlementAucun droit de blocagePeut proposer un contre-projet
Seuil~450 000 signatures~870 000 signatures
Délai de collecte~100 jours18 mois
Modèle suisseRéférendum facultatif (1874)Initiative populaire (1891)

Cette distinction reprend fidèlement l'architecture suisse, où les deux mécanismes coexistent depuis plus d'un siècle sans se chevaucher : l'un défend le statu quo face à une loi contestée, l'autre construit une proposition nouvelle.

4. La proposition pour la France

Principe 1 — Un comité de citoyens, sans parlementaire

Un groupe de citoyens (par exemple 7 à 27, comme en Suisse) pourrait déposer un texte destiné à être inscrit dans la Constitution, sans avoir besoin du soutien d'aucun parlementaire pour commencer la collecte de signatures.

Principe 2 — Un seuil proportionnel

Environ 870 000 signatures, calculées par stricte équivalence avec le seuil suisse de 100 000 signatures rapporté à la taille du corps électoral (1,79 % dans les deux cas). Ce chiffre est proche du seuil d'un million initialement évoqué par le président de la République en 2019 pour le RIP — un signe que l'ordre de grandeur est réaliste et déjà envisagé au sommet de l'État, même si son usage précis diffère ici.

Principe 3 — Un délai de 18 mois

Comme en Suisse, un délai de 18 mois pour réunir les signatures, plus long que celui prévu pour le référendum citoyen (n°5), cohérent avec l'ampleur d'un texte nouveau plutôt qu'une simple contestation d'une loi récente.

Principe 4 — Un contre-projet parlementaire possible

Le Parlement pourrait rédiger un contre-projet, soumis au vote populaire en même temps que le texte citoyen. Les électeurs choisiraient alors entre le texte initial, le contre-projet, ou le statu quo.

Ce que montre l'expérience suisse. Le contre-projet direct est un mécanisme rare mais efficace : sur les 43 contre-projets de ce type soumis au vote depuis 1893, 27 ont été acceptés par les électeurs (62,8 %) — plus de six fois le taux de succès des initiatives populaires seules (10 %, 24 adoptées sur 226 initiatives soumises au vote entre 1891 et fin 2021). Son usage a nettement reculé depuis l'introduction du « double oui » en 1988 (de 28,6 % à 11,0 % des initiatives votées), mais il reste loin d'être marginal — environ 1 initiative sur 9 aujourd'hui — et débouche très souvent sur un compromis négocié : quand il est proposé, environ 76 % des cas récents se concluent par un retrait de l'initiative en sa faveur plutôt que par un vote conjoint.

Principe 5 — Un vote toujours garanti

Une fois le seuil de signatures atteint et la constitutionnalité vérifiée par le Conseil constitutionnel, le vote aurait lieu de plein droit, à une date fixe, accompagné d'une brochure officielle et neutre — les mêmes garanties que pour le référendum citoyen (n°5).

5. Projet de texte constitutionnel

Cette réforme créerait un nouvel article, distinct de l'article 11 déjà modifié par le référendum citoyen (n°5).

Article 11-1 (nouveau), inséré après l'article 11 de la Constitution

« Un comité composé d'au moins sept et d'au plus vingt-sept citoyens ayant le droit de vote peut proposer un texte de révision constitutionnelle.

Ce texte est soumis au référendum si le comité recueille, dans un délai de dix-huit mois, le soutien d'au moins huit cent soixante-dix mille électeurs inscrits sur les listes électorales. Ce seuil est révisé tous les dix ans par une loi organique, en fonction de l'évolution du corps électoral.

Le Conseil constitutionnel vérifie la conformité du texte aux exigences de forme fixées par la loi organique. Le Parlement peut, avant la tenue du référendum, adopter un contre-projet qui est alors soumis au vote en même temps que le texte initial.

Le référendum est organisé de plein droit une fois le seuil atteint et la conformité vérifiée. »

6. Ce que cette réforme ne doit pas promettre

  1. Elle ne garantit pas qu'un texte citoyen sera adopté : le peuple reste libre de le rejeter, comme en Suisse où la majorité des initiatives populaires échouent.
  2. Elle ne remplace pas le référendum citoyen (n°5) : les deux répondent à des besoins différents et coexisteraient.
  3. Elle ne doit pas être présentée comme une copie exacte du système suisse : la France est un État unitaire, pas une fédération, et n'a pas de double majorité peuple/cantons à reproduire.
  4. Elle nécessite une révision constitutionnelle d'ampleur — un processus long, incertain, et politiquement exigeant.

Indicateurs de suivi à inscrire dans la loi

Conclusion

Ce texte comble le vide le plus fondamental du système français de démocratie directe : l'absence totale d'un droit citoyen de proposer, sans intermédiaire parlementaire. Combiné au référendum citoyen réformé (initiative n°5 de ce site), il reconstituerait en France les deux piliers qui font la démocratie directe suisse depuis 1874 et 1891 — bloquer et proposer — cent trente-cinq ans après leur création outre-Jura.

C'est aussi, pour ce site, le texte le plus fidèle à sa propre méthode : chaque proposition publiée ici est déjà pensée comme un texte d'initiative populaire. Ce texte demande simplement que ce même droit existe, un jour, dans la loi.

Sources

  1. Confédération suisse — Constitution fédérale, articles 138-139 (initiative populaire).
  2. Chancellerie fédérale (Suisse) — Procédure de l'initiative populaire fédérale.
  3. Parlement suisse — Statistiques des initiatives populaires depuis 1891.
  4. swissvotes.ch — base de données Année politique suisse, Université de Berne (statistiques par forme légale de votation : initiative populaire, contre-projet direct, question subsidiaire).
  5. Linder, W., & Mueller, S. (2021). Swiss Democracy: Possible Solutions to Conflict in Multicultural Societies (4e éd.). Palgrave Macmillan, en libre accès.
  6. INSEE — Corps électoral 2026, Insee Focus n°378.
  7. Confédération suisse (EDA / About Switzerland) — Système politique, 5,6 millions d'électeurs.

Note méthodologique — Les seuils et délais suisses cités sont ceux en vigueur pour l'initiative populaire fédérale. Le seuil français proposé (~870 000) est calculé par stricte proportion au corps électoral ; toute transposition réelle nécessiterait une étude constitutionnelle et juridique approfondie avant inscription dans la loi.